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VERDICT À l'initiative du réseau international Jubilé Sud, en partenariat avec la Campagne Jubilé Sud Brésil, l'Association américaine des juristes, le Comité pour la annulation de la dette du Tiers Monde, Kairos Canada, le réseau Jubilé USA, l'Alliance des peuples du Sud créditeurs de la dette écologique, Ustawi et la Marche mondiale des femmes, entre autres organisations, LE TRIBUNAL INTERNATIONAL DES PEUPLES SUR LA DETTE s'est réuni les 1º et 2º de février, à Porto Alegre, Rio Grande do Sul, Brésil, comme partie du IIº Forum Social Mundial. À l'instigation de mouvements sociaux et populaires, des églises, des syndicats, d'organisations professionnelles, de ONGs, de organisations féministes, de partis politiques et de personnes connues qui constituent le réseau Jubilé Sud dans 45 pays de Asie, Afrique, Amérique Latine et des Caraïbes, et Océanie, avec l'appui d'alliés du Nord, le Tribunal International des Peuples sur la Dette s'est réuni avec l'objectif principal de déterminer et juger la responsabilité des banques, des entreprises multinationales, des gouvernements du Nord, du Fond Monétaire International, de la Banque Mondiale et d'autres institutions financières internationales du délit d'endetter illégitimement les pays et les peuples du Sud, avec un coût humain très élevé et la destruction de la capacité productive et de la qualité de vie des peuples, avec l'augmentation de la pauvreté, de la mortalité infantile, de l'exclusion sociale et de grands dommages économiques et écologiques. Outre la mise en évidence de l'illégitimité de la dette et l'identification des principaux responsables et de leurs rôles respectifs, le Tribunal a comme objectif de proposer des voies alternatives de répudiation et annulation de la dette. Ce Tribunal est un tribunal d'opinion et non une cour de justice. Il respecte cependant une argumentation et une documentation rigoureuse, et s'appuie sur la diversité des traditions judiciaires et éthiques. A partir d'une accusation basée sur un vaste matériel documentaire et le témoignage d'hommes et de femmes du Sud, en trois sessions, le jury populaire, formé de représentants de la société de différents pays, émet le verdict suivant : CONSIDÉRANT: 1. QUE selon des études et des données, la dette des pays du Sud a déjà été payée plusieurs fois, et est donc non seulement impayable, mais surtout illégitime, injuste et immorale, 2. QUE la dette externe n'est pas seulement un problème économique mais d'abord un problème éthique, politique, social, historique et écologique, qu'elle engage des responsabilités à des niveaux distincts et qu'elle exige une action immédiate, 3. QUE le service de la dette externe signifie un transfert net des ressources du Sud vers le Nord ; qu'en 1998, les 41 pays les plus pauvres et les plus endettés ont transféré vers le Nord 1,68 milliard de dollars de plus qu'ils n'ont reçu ; que cette même année, l'ensemble des pays du Tiers Monde ont enrichi de 114,6 milliards les caisses publiques et privées des pays les plus industrialisés, 4. QUE les peuples du Sud ont transféré vers le Nord, de 1981 à 2000, 3.700 milliards de dollars, ce qui correspond à six fois ce qu'ils devaient en 1891 (560 milliards), et qu'ils doivent encore 2.000 milliards, 5. QUE la politique néolibérale provoque une croissance exponentielle de la dette extérieure qui empêche les politiques sociales et hypothèque gravement la souveraineté politique des pays du Sud, 6. QUE la décision unilatérale des USA à la fin des années 70 d'augmenter les taux d'intérêt habituels de 4 ou 6 % à plus de 20% en quelques mois a signifié une trahison de la bonne foi des contrats, et que, outre le fait qu'elle a obligé les pays endettés à emprunter pour payer les intérêts, elle a provoqué un payement supplémentaire qui a signifié une perte de 106 milliards de dollars pour l'Amérique latine, 7. QU'il y a un lien entre la dette extérieure, l' excès d'endettement public interne et la recherche de capital externe court terme, soumettant les pays du Sud à une politique de taux d'intérêt très élevés, 8. QUE les gouvernements des pays du Sud, qui considèrent le système financier comme un absolu et une fin, ont sacrifié la partie du budget destiné aux politiques sociales et à la dynamisation de l'économie interne pour maintenir à jour le payement de leurs dettes, avec comme résultats l'abandon de la santé, de l'éducation, des politiques de l'emploi, de l'habitation populaire, de la démarcation des terres des peuples indigènes et de leurs conditions de survie comme peuples, de valorisation des vieux et des enfants, de réalisation de la réforme agraire, de conservation et récupération du milieu ambiant, 9. QUE les politiques économiques et d'ajustement du FMI furent désastreuses pour les pays qui s'y sont soumises et qu'elles ont servi à augmenter encore davantage la dette extérieure et les autres passifs extérieurs de ces pays, les forçant à un moratoire sans fin des dettes sociales et ambientales, desquelles sont créditeurs les garçons et les filles, les peuples indigènes, les femmes et les hommes travailleurs à la campagne et à la ville, les noirs et la nature, 10. QUE l'endettement de ces pays fut constitué par des gouvernements dictatoriaux et donc illégitimes et anti-populaires, et que les créditeurs, outre d'être complices, savaient les risques de ces prêts, 11. QUE l'augmentation de la dette est liée aux élites des pays du Sud qui pendant toute leur histoire et encore aujourd'hui, ont été complaisants avec les institutions financières de l'extérieur, aussi bien privées ou publiques et celles multilatérales, 12. QUE les pays du Nord ont avec le Sud une dette écologique à cause du pillage de leurs ressources, de l'appropriation intellectuelle de leurs connaissances ancestrales, de l'usage et la dégradation de leurs meilleures terres, de l'eau et de l'air pour des projets d'exportation qui menacent la souveraineté alimentaire, de la production de déchets toxiques qui mettent en danger la survie des peuples, 13. QUE la dette externe constitue une violation permanente des droits économiques, sociaux et culturels établis par l'ONU le 1966 qui exige la reconnaissance de chaque nation à l'autodétermination, au développement économique et aussi à la libre disposition de leurs richesses et ressources naturelles, et qu'en aucun cas un peuple peut être privé de ses propres moyens de survie. Les membres du Tribunal des peuples sur la dette décident à l'unanimité: 1. La dette extérieure des pays du Sud, pour avoir été constituées en dehors des normes légales nationales et internationales et sans consultation de la société, pour avoir favorisé presque exclusivement les élites au détriment de la majorité de la population, et parce qu'atteint la souveraineté nationale, elle est illégitime, injuste et non viable d'un point de vue éthique, juridique et politique 2. Les accusés, banques et entreprises transnationales, gouvernements du Nord, Fond Monétaire International, Banque Mondiale et les autres institutions financières internationales de même que leurs collaborateurs dans le Sud, sont auteurs, coauteurs, complices et protecteurs des délits et crimes suivants :
Le Jury demande au Tribunal qu'il prononce une sentence condamnant les accusés d'avoir perpétré tous ou quelques uns des délits et crimes commis et mentionnés dans ce verdict. Il sollicite en plus que le Tribunal déclare la dette externe inexistante et par conséquent nulle et non avenue parce qu'elle est odieuse, infâme, illégale, usuraire, injuste, frauduleuse, illégitime et qu'elle a causé la perte de la souveraineté nationale et la dégradation de la qualité de vie de la majorité de la population du Sud. Le Jury demande aussi au Tribunal d'accepter les recommandations suivantes:
Le Jury présente ce verdict au Tribunal comme geste de justice envers les peuples du Sud et toute l'humanité. Celui-ci est une étape symbolique d'une longue marche. C'est notre décision. Qu'elle soit publiée et diffusée. Porto Alegre, Rio Grande do Sul, Brésil, 2 de février de 2002 Membres du Jury:
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